Le troisième genre

Genre épicène

Sans ambages, on dit d’un homme avec des mimiques féminines, qu’il est «efféminé», mot pour lequel j’ai toujours manifesté une aversion sans retenue du fait de sa connotation péjorative et vicieusement railleuse. 

Mot par lequel on empêche aux hommes d’embrasser leur part de féminité, reconnaître sa féminité serait avouer une part de vulnérabilité, antinomie même de la virilité qui selon certains est l’ipséité de l’homme. Ce qui fait ce qu’il est.

Mais dans virilité il y a vit = le sexe masculin et cantonner l’homme à son sexe, à son seul caractère viril ne fait pas foi de la réalité et efface toutes ses aspérités. 

En bref, si l’on relit la deuxième phrase, cela revient à dire indirectement que la femme est vulnérable et l’on tombe subrepticement dans le fantasme de la femme qui a besoin d’être protégée par un homme. On fait d’elle une personne placée sous l’égide d’un chef tutélaire, souffrant du syndrome de Cendrillon. C’est donc reconnaître de manière patente son infériorité puisqu’elle est incapable de se protéger par ses propres moyens, c’est tout juste s’il ne faut pas la placer sous un régime de protection juridique. 

Mais il faut se l’avouer, pris isolément, les deux sexes ont une part intrinsèque à l’autre, et pour se plaire, l’un doit présenter avec l’autre, des similitudes plus ou moins assumées ou inhibées. En psychologie, Jung appelle ça l’anima, à savoir la représentation idéale de la féminité, de la femme dans l’esprit de l’homme, et l’animus pour la femme. Et le chapitre de la Genèse ne nous dit-il pas que c’est de la chair côtelée d’Adam que naquit la femme. Voilà la métaphore parfaite de l’anima. Il s’agit là d’un archétype, une idée universelle qui s’impose à tous. 

Arrive ensuite une influence exogène : la société. De concert avec la famille, elle modèle les genres selon sa volonté. Une identité faite de terre glaise, va devenir pétrie par ses mains, une poterie figée. Et par là j’aborde la question des genres. 

Il y a une dichotomie communément admise : la double existence du sexe masculin et du sexe féminin. Ce manichéisme est une vérité générale, à laquelle on ne peut déroger. Notre identité masculine ou féminine est attestée par un élément physiologique, scientifique. D’une part, des caractères endocriniens, d’autre part, des organes génitaux. Éléments physiques qui sous-tendent les rapports sociaux, si bien que l’on pourrait dire des génitoires à vocation essentiellement reproductive, qu’ils ont acquis une forte dimension sociologique, puisqu’ils ont un rôle à jouer dans l’interaction sociale et dans la construction de l’édifice social. Édifice qui s’est érigé sur un déséquilibre avec la complicité du droit qui est malheureusement à certains égards, le pâle reflet des mœurs d’une époque. Rappelez-vous ce n’est qu’en 1965, que la femme mariée a pu exercer une profession indépendante, qu’elle a pu acquérir son autonomie. Étant petit juriste, je vous renvoie à l’ article 221 du Code civil pour que vous vérifiez mes dires car vous ne devez pas me croire sur parole.

J’aimerais tout de suite, poser le postulat suivant : imaginons que nous soyons nés, non pas d’une matrice mais de la cuisse de Jupiter ou de son crâne fracassé. 

Nous serions nés sans aucun de ces caractères sexuels, pourrions-nous dire que nous sommes androgynes ? Non puisque par définition, l’androgynie c’est avoir des caractères appartenant aux deux sexes, or dans notre utopie, rappelez-vous il n’y aurait rien de tout cela, ni homme ni femme, l’on aurait alors élaboré la croyance que nous sommes des êtres neutres en l’absence de référence possible à des organes génitaux. Nous serions semblables à des anges. Il convient de rappeler que Dieu lui-même l’a dit à Adam, « vous peuplerez la terre ». Donc la vocation de l’homme est la reproduction. Voilà pourquoi il lui a été donné un sexe. Génétiquement, nous sommes destinés à nous reproduire. La survie de la race est instinctive. Les anges eux, n’ont pas intérêt à se multiplier. Mais si l’on y réfléchit bien, les anges portent des noms comme Gabriel, Michaël ou Rafaël. Et le plus effroyable d’entre eux, qu’on appelle dans le judaïsme, Azraël, personnifie la mort. Ils sont donc masculins jusqu’à preuve du contraire ou du moins nous croyons qu’ils le sont. Tout comme nous croyons qu’il existe un homme et une femme, la nature prodigue, a même donné l’embarras du choix à l’enfant d’Hermès et d’Aphrodite (Hermaphrodite). 

En conclusion, notre croyance se vérifie par l’existence de ces organes qui assurent indéniablement la véracité du genre et la concordance logique du genre au sexe. Mais il faut le reconnaître le genre sans ces organes demeure une croyance. Le genre est couplé au sexe mais peut-on seulement imaginer les découpler ? C’est tout l’enjeu de la question du troisième genre.

Dire qu’il n’y a qu’homme et femme, s’infère d’une coutume qui a valeur obligatoire. Et c’est la croyance collective qui lui donne ce caractère obligatoire. On appelle ça l’opinio juris, l’élément psychologique qui réside dans la croyance qu’une coutume a le caractère d’une règle impérative. La coutume n’est obligatoire que si l’on croit qu’elle est. C’est donc une fiction mais comme elle est séculaire, elle a acquis par l’effet du temps, une autorité incontestée.

Il y a certaines personnes qui ne se reconnaissent ni dans l’un ni dans l’autre. D’ailleurs Prince chantait dans un de ses célèbres morceaux « I’m not a woman, I’m not a man, I am something that  You’ll Never understand ».

Pourquoi vouloir imposer un choix binaire à quelqu’un qui ne sait pas auquel des deux il appartient ; qui a l’intime conviction de n’appartenir à aucun des deux ou qui pense être un creuset des deux. C’est un sentiment légitime. On n’est jamais si bien servi que par soi-même lorsqu’il s’agit de répondre à l’injonction : Nosce te ipsum (connais-toi toi-même). 

Il y a ceux qui ressentent ce hiatus entre le genre et le sexe, une discontinuité malencontreusement rejetée par la majorité qui continue à se bercer d’illusions en pensant attacher un genre au sexe. Songe-creux qui veulent injustement désavouer ce que j’appellerai désormais : le genre de l’ange. La reconnaissance juridique des personnes transsexuelles ne fait que conforter cette séparation entre homme et femme. J’avais vu dans cette jurisprudence qui avait reconnu le droit aux personnes transsexuelles de modifier le sexe sur leur état civil, les prémices d’une grande évolution du droit, et lato sensu des mœurs, mais à ce jour, l’on continue de s’enfermer de façon rédhibitoire dans le rose et le bleu. 

Quel faix psychologique pour ces personnes contraintes de choisir. On nie leur identité et cette dénégation est aussi inique que méprisante. L’on ne peut que constater qu’« Entre justice et droit, que d’eau, que d’eau » – Cht.Taubira. 

Qui sommes-nous pour imposer à ces personnes une orientation qui ne leur sied guère. La méconnaissance de leur réalité engendre la frustration, un sentiment de dégoût, de rejet, de rebut, de marginalisation, de refoulement, voici des êtres fragiles qui ressentent l’âpreté de l’inachevé parce qu’on leur refuse l’imago. La France ne reconnaîtra pas la filiation de ces enfants laissés pour compte, alors pourquoi reconnaîtraient-ils de leur côté, la France comme figure maternelle, comme patrie, comment croire à la fraternité, aux promesses de cohésion sociale quand on leur refuse une nature sui generis. Quand on ne les accepte pas pour ce qu’ils sont, et qu’on les oblige à changer. Voilà qu’affleure une énième lézarde de la fragmentation de la conscience d’appartenance commune. 

Dieu sait que l’on fait montre d’une hypocrisie. Pourquoi ? Eh bien parce que l’on tend à estomper la frontière du genre à notre insu quand on fabrique des jouets, des vêtements non genrés pour gommer les inégalités liées au sexe au niveau éducatif. Alors en quoi reconnaître le troisième genre serait une hérésie ?

Ce genre original vient écrêter un gros serpent de mer : l’inégalité salariale. L’absurdité de cette inégalité est démontrée par ce genre. 

Quand de prime abord, on ne saura pas dire qui vous êtes, l’on cherchera à déterminer quel est votre sexe. C’est l’exemple quotidien de l’employé de la poste qui a un colis au nom de monsieur alors qu’en face de lui, il ne sait pas déterminer avec exactitude la concordance de l’identité et de l’apparence. Pour s’informer, l’on va alors vous demander « mais vous êtes une femme ou un homme ; Quel est votre sexe d’origine ? Est-ce que pourriez fournir un document « justificatif ». Et là, on tombe dans la violation du respect de la vie privée qui est une liberté fondamentale garantie par de grands textes, je vous épargne le petit laïus sur le droit européen, ce qu’il vous faut retenir c’est que sur ces questions, la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme, la conduisant à revoir sans approximation, la condition juridique des transsexuels et à encadrer leur métamorphose. Voici le lien du commentaire de cette décision : https://actu.dalloz-etudiant.fr/a-la-une/article/point-sur-le-transsexualisme/h/a6ee22e2f253c4aff48071683da16fac.html

Quid du genre neutre ? Il nous faudra prendre notre mal en patience parce que le droit positif français (le droit en vigueur), découle en partie de querelles doctrinales qui influencent les hautes-juridictions et le Législateur. Ce sont des groupes de travail placés sous la surveillance d’émérites professeurs de droit appartenant à la doctrine (les docteurs de droit), qui interviennent près le gouvernement pour participer à la rédaction d’un projet de loi. Et aujourd’hui, le droit reste fidèle à sa conception traditionnelle. 

Pour la petite anecdote : la fois où j’ai pris pleinement conscience de l’existence des genres, c’est lorsque j’ai inhalé ce parfum. Ça m’a déstabilisé parce que j’étais bien incapable de déterminer si c’était un parfum pour homme ou pour femme. Alors je veux bien comprendre ceux qui peinent à admettre qu’un genre neutre existe. C’est une question nouvelle et la réponse à tout ce qui est neuf est le scepticisme qui précède l’acceptation.

Mais n’ayez crainte, l’ordre du monde ne repose pas sur la distinction homme femme. Il repose plutôt sur l’équilibre démographique, notre gestion des ressources naturelles.  Notre capacité à nous reproduire, à assurer la pérennité de l’Homo sapiens, à parvenir à éduquer notre progéniture sur le sentiment d’appartenance au même groupe qu’est l’Humanité. Mais surtout que notre postérité puisse avoir l’aptitude à respecter et à préserver toute forme de vie. Qu’elle puisse replacer l’homme au centre de toutes considérations, qu’elle se déleste de cet esprit de Lucre, de cette logique mercantile qui font du capitalisme le dieu de la terre. Notre combat ne réside pas dans ces dissensions de genre, querelles byzantines, le véritable combat doit se faire contre la classe dirigeante, et je me place dans le lignage idéologique d’Angela Davis, il faut fédérer le maximum de consciences, adopter une démarche holistisque qui comprend homme, femme, genre neutre, noir, blanc, métisse, hommes de tous horizons, pour lutter contre l’âpreté au gain des ploutocrates qui recherchent frénétiquement le profit au mépris du respect de la nature, de l’homme et de ses droits. 

En conclusion des conclusions sachez que si mon article est émaillé de références bibliques, c’est pour la majeure partie des sceptiques religieux souffrant l’intégrisme, qui pensent les préceptes énoncés par les Saintes Ecritures, incompatibles avec l’existence d’un troisième genre. Selon eux, reconnaître son existence serait ouvrir la boîte de Pandore. Puisque Dieu a créé Adam et Ève, sa création est péremptoire et immuable, il n’y a pas à discuter. 

Mais l’humanité évolue, et le refuser serait faire preuve de rigorisme de conserve avec l’Eglise qui a été au centre des épisodes les plus sanguinaires de l’histoire de l’humanité. 

Les croisades menées par le pape Urbain II pour reprendre le corps du Christ d’entre les mains des musulmans. 

Jeanne d’Arc immolée à 19 ans, pour apostasie parce qu’elle revêtit à nouveau l’armure à laquelle elle avait dû renoncer sur ordre de l’Eglise, elle qui était pourtant irréprochable du point de vue de la tradition chrétienne, vierge et pieuse. Symbole de l’inviolabilité de la France. 

Kepler, Copernic, tancés par cette Église, parce qu’ils ont osé contesté la parole ecclésiastique partisane du géocentrisme (le soleil tournerait autour de la Terre) énonçant alors la théorie de l’héliocentrisme (la Terre tourne autour du soleil). 

Ces millions de chats massacrés, du temps de l’Inquisition, durant laquelle de cruelles chasses aux sorcières furent menées. Que se passe-t-il quand on supprime le prédateur naturel du rat, eh bien on en obtient une pandémie comme la peste noire, véhiculée par pléthore de rats.

Le pape Nicolas V qui par le biais d’une bulle papale, a donné sa «bénédiction » à la traite des esclaves. 

Pas de délectation morose, mais si jugement de Dieu il y a, c’est d’abord sur l’Eglise qu’il tombera. Et en tant qu’héritiers de cette Église, vous ne devriez pas manquer de discernement. Sachez que la raison ne doit jamais céder face au dogme de la religion car celle-ci justifie ses craintes réactionnaires en s’arrogeant du nom de Dieu.
J’espère avoir éclairé vos lanternes concernant certains problèmes.

En fin mot, retenez ceci, Jésus dit à ses apôtres : ne jugez pas selon l’apparence mais selon la justice. Jean 7:24. 

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