le petit pamphlet (2)

Jour 2 : la couleur terne

Rien de mieux qu’un bon « meme » pour égayer mes matinées. Je pensais qu’un éclat de rire était la lumière de mes vieux jours mornes, quelle grâce ! Mais même le rouge le plus chatoyant peut se ternir au contact de la lumière du soleil en témoignent les toiles rouge lithol de Rothko. Une formule alambiquée pour dire que le rire est une chose bien trop éphémère en regard d’une exposition aux réseaux par trop délétère pour que le jeu en vaille la chandelle. Pourquoi ce parallèle avec Rothko, pour la petite anecdote, ce peintre a offert des toiles rouges à l’Université de Harvard, qui ont été exposées à une trop forte lumière et qui ont fini par pâlir. Maintenant elles sont obombrées. Tout cela pour dire que mon esprit a été galvaudé, inconsciemment par un instrument de manipulation allant même jusqu’à créer des habitudes quotidiennes. Le matin, premier réflexe matutinal, regarder ses notifications, mais moi j’utilisais ma tweetlist comme une vraie chaine d’info en continu, les uns lisaient leur feuilles de chou en prenant leur café et bien moi je m’amusais d’un air snobinard à regarder les tweets des différents médias et ça y est j’avais fait un petit tour d’horizon, je sélectionnais deux trois articles à lire intégralement pour me mettre au parfum. 

Ce système montait en graine des attitudes assez étranges, jusqu’à exacerber ma paranoïa, me faisant penser « il y a quelque chose qui se trame, un jour la vérité sera exhumée, on sera tous comme des c*ns à se dire mais comment je ne l’ai pas vu c’était pourtant sous mes yeux tout ce temps ». L’on se rendra compte qu’on a été floué par un groupe élitaire qui s’évertuait à nous distraire à pas de loup pendant qu’il retenait le véritable pouvoir. Mais bon cartésien, je crois peu aux  théories conspirationnistes. 

Comme vous avez pu le remarquer, je censure les gros mots. Avant j’étais très poli parfois obséquieux. J’ai appris à faire les rondes jambes dans une société faite de convenances et d’hypocrisie. Et Twitter m’a transmué progressivement à mon insu et oui sinon ce ne serait pas drôle. Allez savoir comment, on croit grandir, qu’un gros mot n’est qu’un langage parmi les autres mais les fanges de l’éducation que nos parents nous ont prodiguée, s’estompent. Et puis certains tombent subrepticement dans le brouet de sorcière, sexe, drogues, aphorismes morbides et suicidaires. Un nouveau mode de vie ténébreux qui conduit à la lie de l’âme humaine. Ah oui pour info, Rothko s’est suicidé. Il y a un cruel manque de l’Invisible, ce quelque chose d’indicible. Je surprends certains à tweeter ce quelque chose qui leur manque mais ne pas arriver à y mettre un mot ou un sentiment. Quel désarroi ! Malheureusement des esprits d’une grande noblesse s’y perdent, dispersent leurs perles aux pourceaux. Ils s’y sont installés et ont laissé leur pli. 

Quand je parle d’une société d’hypocrisie et de faux-semblants, cela se transpose à Twitter. On s’y amuse mais le jeu terrible du prisme est en plus de déformer l’image, un miroir où l’on veut renvoyer une image autre que nous. un miroir déformant et cela peut-être pour plaire. On se grime, on porte un masque et on se débat dans notre propre rôle de fiction. N’est-ce pas là le commencement de toute psychose ? Twitter est un espace grégaire qui couve chaudement la pensée de groupe. Qui conforte un esprit de conformité. Cette pensée de groupe va même jusqu’à épingler une brebis galeuse. C’est vraiment pernicieux parce que ce groupe dominant édicte ses propres normes et malheur à celui qui s’en écarte délibérément et ouvertement. Et moi sans être complaisant je me retrouvais piégé dans les fils de l’arantèle, lassé, je me surprenais même à supprimer l’application et qques heures plus tard à la réinstaller. C’est le comportement insensé et irrésolu d’un junky qui a besoin de sa dose journalière. J’ai l’impression de m’affamer quand je supprime l’application, c’est terrible, on éprouve le FOMO, le fear of missing out, la peur de manquer un événement, un hashtag ou de vains débats comme je les appelle « télé-réalité ». 

C’est typiquement l’Attention Whorisme : quand la solitude est la hantise de l’abandonnique. Voici le lien de cet article sur ce concept qui nous définit tous si bien. https://www.lesinrocks.com/2013/07/11/actualite/attention-whorisme-legocentrisme-2-0-11401886/

Cette recherche incessante d’attention passe aussi par un truisme débilitant et roi comme des tweets d’une telle banalité qu’ils rassemblent dans un creuset tous ceux qui la partagent. Ils se reconnaissent dans un tweet qui décrit une habitude aussi bête que répétée.

Qui aurait cru que cet oiseau serait finalement l’oiseleur.

La suite au prochain épisode … 

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