Le petit pamphlet (3)

Bleu Soudan. Bleu bruyant. 

Les sévices perpétrés sur la population constituent l’exemple probant de la frilosité de la démocratie. Quand il s’agit de se carrer dans le pouvoir comme une larve lovée dans la chair putride d’une dépouille pestilentielle, il n’y a plus d’espoir pour l’homme ladre de pouvoir. Le capitaine qui coule avec son navire est l’image parfaite de celui qui s’accroche désespérément au pouvoir politique. Et si l’on peut se réconforter en se disant que tout cela cessera bien un jour, qu’est-ce qui nous garantit des frasques du pouvoir civil. Il pourrait « macoutiser» le pouvoir militaire à l’instar des Duvaliers à Haïti. 

Il faut raser l’ivraie, bêcher la terre, arracher le chiendent pour semer les nouvelles graines en germe de la démocratie. C’est sur ces mots que je professe mon soutien aux soudanais qui ont préféré l’élan pacifique et noble à la violence prosaïque mais qui n’aura pas suffi à empêcher le sang de dégoutter. Et j’espère que ce souvenir douloureux ne souffrira pas d’évanescence, que jamais l’on n’oublie que tout cela s’est bel et bien passé en 2019 !

Jour 3 : Mémoire « sélective »

On lit l’information, on laisse échapper une hoquet de stupéfaction puis on la froisse comme du papier journal. Et hop ! À la corbeille. 

L’audience est vive mais loin d’être vivace. On peut s’insurger violemment et l’instant d’après, l’on continuera à « scroller » sans le moindre effort. On sera combien à retweeter et à conspuer l’aliénation de jeunes enfants africains dans les régions de minerais rares comme le tantale chers à nos téléphones ? Combien serons-nous à tweeter notre indignation « depuis Android/iPhone » ?

Et devinez d’où j’écris mon pamphlet, du haut d’un pommier (le pommier ici désigne le nombre d’appareils Apple que je possède), ça me rebute ! Trêve d’humour noir.  L’on tient au creux de nos mains les diamants du sang et il faut que nous nous en rappelions. 

Jérôme Jarre ? Cela vous dit probablement quelque chose ? Les Rohingyas ? Qui s’en soucie maintenant ? Pourtant l’engouement était fervent à ses débuts. On l’a follow ça y on s’est acquitté d’un devoir, on a relayé son action. Une chose est sûre, « l’enthousiasme » s’essouffle rapidement. 

On oublie vite, on s’habitue à oublier et oublier c’est déjà pardonner. L’on finit par pardonner des choses impardonnables, mais pardonner non dans le sens d’un pardon prenant appui sur l’absolution mais plutôt un pardon amnésique. Un pardon passif, comme un vêtement qui est élimé par le temps. 

Une telle attitude est exécrable, autrement dit terrifiante. Nos mémoires sont oublieuses, pourtant la mémoire est ce qui nous permet de reconnaitre le mal. Elle agit comme une boussole. Ne pas se rappeler d’un événement c’est se confronter de nouveau à une menace, employer vainement des forces dont on avait déjà fait usage. En d’autres termes, elle nous permet de nous souvenir tout simplement et de pointer le doigt accusateur sur le même mal cette fois-ci déguisé. Parce que le mal une fois vaincu, change d’approche et il irait même jusqu’à s’affubler de lumière pour nous convaincre. Et comme un scientifique reconnaîtra le bacille de la peste, peu importe qu’il soit sur une puce, un rat ou un chien, l’on doit de se rappeler nos erreurs passées afin de ne pas retomber dans leurs pièges tout cela non pas par délectation morose mais par éveil de conscience.  Je crois que le travail de mémoire est difficile. Moi-même je ne me rappelle même plus des articles de presse que j’ai lus hier.

Les réseaux agissent comme cela.  Ils servent aussi la surinformation. Le flot d’informations est une pandémie. Comment lutter contre la submersion ? Tout cela est contre-productif et on ne sait plus où donner de la tête. Un conseil que j’ai tiré de Schopenhauer, choisir ses lectures comme on choisit un fruit. Pas trop blet pas trop jeune.

La suite au prochain épisode.

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