Le petit pamphlet (4)

Jour 4 : L’information sulfureuse 

Dans le journalisme, on appelle une telle information « Chiens écrasés », c’est-à-dire une information qui fait sensation. La frénésie commence à graviter & se rengorge du nombres de badauds qui se rassemblent autour de la dépouille pour réagir. Quand un sujet d’actualité ou un événement « fait le buzz » et se répand comme une trainée de poudre dans toutes les popotes, chacun ressent l’urgence d’exprimer son opinion. On aurait dit un marée noire de poissonniers qui clament chacun ô combien son poisson est le plus frais, en tapant ses rivaux, qui ont tous repêché la même information. 

Le corps n’aura pas le temps de parachever sa décomposition que les passants auront déjà déconsidéré l’événement insolite, recouvrant leur indifférence et insensibilité. Pour les humbles, ce sera le silence, marqué d’un profond sentiment aphasique parce que ne peut s’exprimer avec des mots. À chacun ses réactions, qu’elles soient positives ou non, apparentes ou cachées.

Pis que des carnassiers, on aime flairer ce qui sent mauvais à croire que c’est un plaisir coupable, ça me rappelle mon enfance, quand j’aimais détester sentir les relents d’un lait caillé. Le cadavre pique l’interêt fureteur en même temps qu’il dessine une grimace sur une lippe rebutée. Mais une telle curiosité sordide n’est pas venue avec l’épandage des réseaux. Non, ces travers sont immanents à l’esprit humain, ils sont si prégnants qu’ils ont inspiré des dystopies d’auteurs : Amélie Nothomb avec Acides sulfuriques,  Suzanne Collins et Hunger Games, Charles Brooks & la série Black Mirror, Big Electric chair d’Andy Warhol, etc … tout est une question d’audience finalement. 

  1. Mais il ne faut pas se leurrer, même s’ils (les réseaux) ont gommé les lignes de démarcation de la communication ; comme ils ont fait du mot « épistolaire » un mot bizarre, ancien, antédiluvien ; sincèrement, qui envoie des lettres de nos jours, les romantiques ? Les nostalgiques ? Les aînés ? Le service postal de La Poste, s’amenuise à tel point qu’elle est contrainte de varier ses prestations. 
  2. Les RS ont parallèlement contribué à la promiscuité des travers, ils les ont exaltés jusqu’au point d’orgue, irréversible. Je ne veux pas diaboliser ces plateformes & me faire le redresseur de torts, là n’est pas mon rôle mais rendons-nous seulement compte que depuis leur libre accès, tout se vulgarise à une telle fulgurance. Les corps se dénudent, les langues vertes se délient, et la pornographie ravit sans grande difficulté l’innocence des plus jeunes, l’on publie des obscénités à longueur de journée sans retenue, parce que la force de l’âge se trouve dans l’émancipation sexuelle. 

L’homme deviendrait-il incapable d’inhiber ses pulsions animales ? Tout affleure comme un aileron de requin. Il n’y a plus de pudeur. Ou peut-être assiste-t-on à une redéfinition de la pudeur, qui en temps normal évoluerait au cours du temps, mais qui s’est accélérée par le prisme des réseaux.  

La pudeur serait-ce le jour, feindre les vierges effarouchées publiquement et la nuit en catimini, liker du « adult content » ? Liker du porno en soumsoum quoi. Est-ce de l’hypocrisie ou de la discrétion pudique ? 

C’est peut-être ça la pudeur de nos jours, comme à l’époque moderne, les poignets et chevilles des femmes devaient être couverts pour préserver leur vertu. On associait donc une femme habillée à la chasteté, à la pureté, à celle qui savait dominer ses passions. Voilà pourquoi aujourd’hui certains ont tant de mal à comprendre qu’une femme victime de harcèlement de rue ou d’agression sexuelle, ne puisse pas être imputée de son malheur alors qu’elle était (légèrement) vêtue. Et même si elle ne l’était pas, cela justifierait-il la violation de sa dignité ? Petite parenthèse refermée. 

Revenons à nos moutons.

Avant il y avait une espèce de règle sécrète, qui empêchait de liker du contenu X à l’heure du peak time. On commençait à se dévoiler tard le soir, d’ailleurs c’est connu les grands fauves chassent la nuit. Et ça tout le monde le savait, c’était comme un non-dit.  Peut-on prendre ce comportement dissimulé pour de la pudeur ? Cacher est-ce pudique ou simplement vicieux ? La lisière entre les deux n’est pas claire puisque la pudeur consiste à dissimuler ce qui doit être caché, on retrouve là aussi la définition du vice. Comment dès lors différencier les deux ? 

L’on assiste à un changement depuis quelques temps, désormais, chacun préfère agir à l’instinct, on like du contenu X à n’importe quel moment de la journée et ça quand l’envie nous prend, par simple ennui ou tout simplement parce que ça nous plaît. C’est naturel puisqu’on aime se satisfaire et fi des contraintes. Là où le bât blesse, c’est le regroupement qui fait du sexe, un élément d’approbation. On rentre dans un domaine sociologique là. Pour être quelqu’un de « normal », ici une personne normale s’entend comme celle qui se conforme à l’idéologie d’un groupe majoritaire, il faut montrer patte blanche, c’est-à-dire s’affirmer ouvertement, et cela passe par liker le même type de contenu, pour créer une certaine proximité consciemment ou non. En effet, cela érige des ponts et favorise une conscience d’appartenance à un groupe et c’est aussi une aubaine pour les algorithmes. On follow ceux qui nous « ressemblent » ou ceux susceptibles de partager le même contenu que nous, ce qui se ressemble s’assemble, on follow nos semblables par affinité comme on se balance de liane en liane. Vous aurez compris la métaphore quand je dis finalement, qu’adopter un tel comportement revient à singer un modèle établi par la majorité. Parce que ce n’est ni plus ni moins un diktat car la notion de normalité est subjective. Ce qui peut être normal pour vous peut ne pas l’être pour moi.

Ce qui me permet de dire que la pudeur est en vérité, un voile que l’on porte dans la réalité et que l’on retire sans complexe dans un lieu intime. Et ce qu’il y a de dangereux c’est que Twitter est devenu ce lieu intime, un endroit où tout le monde se libère, où il y a une véritable catharsis. 

On peut supposer aussi que la pudeur telle qu’énoncée par les bonnes moeurs, serait un autre diktat qui a fait du sexe un sujet tabou, une chose qui doit être dissimulée et l’on peut vouloir se réfugier sur Twitter pour pouvoir s’exprimer de façon libre, sans se faire réprimander. Le réseau devient donc un lieu où on peut parler du sexe des anges, et c’est là que le terme « réseau social » prend tout son sens. C’est un creuset où se rassemblent tous les fantasmes, où la parole se libère et permet d’échapper à l’oppression du tabou. Mais attention ! Quand la parole se libère trop, elle peut devenir injurieuse et froisser, et l’on revient à l’épisode 1 : Jour 1 : Combattre l’attachement 

Mais quand frise-t-on l’exhibitionnisme ou la vulgarité ? Là encore, on se heurte à un autre écueil. 

Beaucoup assimilent malheureusement une part de leur identité à leur vie sexuelle. Certains ne manquent pas de le faire savoir, puisque cela fait leur fierté. Et l’on fait face à une antinomie, celle de la pudeur et de l’affirmation de soi. En effet, la première empêche une affirmation de soi excessive qui conduirait à la vulgarité. Quand s’arrête l’une et où commence l’autre ? Pudeur et affirmation de soi, peuvent cohabiter. Mais à quel moment la pudeur réfrène l’affirmation de soi, ou du moins à quel moment celle-ci devient excessive & attente à la pudeur ? Peut-on dire que le sexe n’est plus une affaire de pudeur ? Du moins la pornographie ?  Il suffit de scroller les likes de qq1 pour y retrouver du contenu SMFH & répondre à la question. 

Mon raisonnement est assez contradictoire parce que finalement le sexe devrait être caché par pudeur, mais cela ne reviendrait-il pas à assimiler une telle pratique à du vice ? Et bien non je pense avant tout que le sexe est affaire d’intimité, de vie privée. Là où ça devient pernicieux c’est quand on ne connait plus la limite entre intimité et lieu public. Cela conduit à des paraphilies tel que l’exhibitionnisme où le faire en public devient un sujet d’excitation et la vue de la personne ciblée, c’est-à-dire l’objet sexuel provoque une jouissance personnelle. 

Pour finir, je peux dire que si le sexe ne devait plus être encapsulé dans le secret, caché, alors les pervers du métro seraient dans leur bon droit ? Dans ce cas, l’on serait tombé bien bas. 

Quand on n’est plus capable de dominer ses passions, on en revient à l’état naturel et cette limite (entre sphère privée et sphère publique) s’estompe et loi est là pour nous la rappeler. S’ils sollicitaient leur cible, ces pervers savent très bien qu’il se mangeraient un non brutal et ferme. Et en se masturbant publiquement cela revient à  braver le non, à outrepasser le consentement, sans les réseaux cela resterait impuni injustement. Filmer cet acte abject, permet de parer la menace et informer les autres qui ont été confrontés à ce type de dérive, à leur corps défendant. 

Les RS permettent donc de crier Haro et de tirer la sonnette d’alarme.

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