Le petit pamphlet (final)

Ep. 5 : Une rue qui porte le nom de « Tout est fini » 

Il faut le déplorer, notre esprit demeure vicié — parfois à notre insu — d’une soif de choses de plus en plus horribles et sanguinaires, du moins crues. Cela nous arrive aussi de porter notre intérêt simplement parce que l’on ne veut pas se sentir lésé notamment par la peur de manquer quelque chose = FOMO (Fear of missing out). 

Le virus inocule la maladie à vitesse éclair et la seule façon d’endiguer sa propagation, est de s’éduquer et savoir quand détourner le regard lorsque le mal nous tente et revêt les plus beaux atours de la séduction. Il faut éviter de prêter l’oreille aux diseurs de bonnes aventures, il faut balayer violemment d’un revers de la main tous ces ismes maquillés. Et pour cela, je vous donne un exemple : 

  • imaginez que vous battez le pavé, que vous entendez quelqu’un racler le fond de son gosier, que vous le voyez ensuite cracher un bon gros mollard tout plein de glaire, (ce que j’aurais aimé voir votre réaction) cela vous dégouterait certainement, eh bien considérez certains événements comme de bons gros mollards à contourner.

Apprendre à discerner le bien et le mal, c’est affuter son esprit critique mais aussi raboter un esprit de justice. C’est ce qui caractérise l’être humain. C’est un travail de longue haleine qui s’apprend patiemment avec le temps. Et comment faire ? Il y aura toujours cette petite voix sage qui vous guidera, écoutez-la, ne faites jamais rien sans lui prêter l’oreille, cette voix fluette à peine audible est le son de l’âme, et son écho résonne en vous comme le chant de l’océan dans un coquillage. Certains l’appellent aussi l’intuition. 

Là où peut se dresser l’écueil, c’est dans le dosage de la crédulité et de l’incrédulité. Un incrédule chevronné vivra dans la résignation et ne trouvera jamais plus rien de beau à la poétique de la vie ni même à la lecture, son imagination, réduite à néant. Puisque sa vue se cantonne au tangible, il est bien sûr désenchanté. C’est un cartésien endurci et un excellent scientifique.

Pourtant il faut un peu de crédulité non plutôt, de conviction je dirais — ou espérance serait plus séant — en la beauté du monde et celle de l’homme pour ne pas décourager et garder l’envie de les perfectionner tous deux. Les gogos se ramassent à la pelle et c’est un secret de polichinelle mais il ne faudrait pas devenir pour autant nihiliste au point de perdre goût de la vie car elle deviendrait bien mièvre et suicidaire. Il faut (ré)apprendre à s’émouvoir, s’émerveiller devant les choses de votre vie aussi minimes soient-elles. Comme on dit le riche est celui qui se contente du peu qu’il possède. 

Le son du clairon ne doit pas vous alarmer, ce que j’appelle par « son du clairon » ce sont les nouvelles scandaleuses qui poussent comme des champignons et que certains s’empressent de cueillir, ceux-là sont aussi échevelés qu’une cavale folle. Ils réagissent, se dispersent dans les querelles intestines et s’écharpent pour un rien, se tirent même dans les pattes. Le comportement idoine doit être celui qui consiste à laisser l’agitation causée par une tempête de verre d’eau, se décanter à la lie du calice. Attendre que les choses se tassent et le retour à l’accalmie. 

Heureusement les réseaux n’ont pas que des effets délétères, ce serait bien hypocrite de ma part de passer sous silence leurs effets salutaires comme l’auto-information. Tout le monde peut s’attribuer le pouvoir du 4ème pouvoir, finalement. (Le 4ème pouvoir = périphrase de la presse). 

En effet, de nos jours, la presse n’a plus mainmise sur l’information et l’on peut vite se rendre compte quand elle a été volontairement biaisée, pipée pour servir différents desseins comme rassurer les alarmés, calmer les consciences fébriles, participer à l’ordre public, conforter une politique ou taire les véritables cris de ceux qui ne sont jamais las de crier mais qu’on feint de ne pas entendre. Je parle bien sûr des personnes racisées, de la paupérisation de la condition humaine et du français quidam qui vit une véritable consomption sociale. Sans parler des pandémies, famines, guerres et j’en passe, qui n’obtiennent que banale indifférence. 

Longtemps son (la presse) hégémonie lui a souverainement permis de placer la caméra sur une couleur plutôt que sur une autre, au lieu de s’atteler à son véritable devoir, celui de placer son réticule de visée sur les véritables serpents de mer qui ont enflé à cause d’incurie & se sont transmués en chancres métastasés. Ces serpents y sont tellement bien lotis qu’il est désormais difficile de les déloger. 

Les réseaux sont les nouveaux médias ayant leur propre dialecte social et leur audience virale a le même effet que celui d’un battement d’ailes de papillon. D’ailleurs ceux qui recherchent la proximité avec leur lectorat ont compris qu’il fallait rapidement investir ces plateformes. Désormais, on préfère le médium vidéo au traditionnel papier journal (à mon grand regret), un moyen ludique, laconique et plus ergonomique de relayer l’information et couper court à toutes velléités. Eh oui, ça ne s’envole pas, ça ne se tache pas et ça ne froisse pas. 

Et la culture n’est pas en reste, elle se décline à tous les âges. L’on ne peut plus se cacher sous le faux prétexte de « je n’y ai pas accès ». La seule barrière qui doit sauter est psychologique, quand certains pensent que l’art notamment, est l’apanage d’une certaine catégorie sociale l’on doit lutter pour abattre le stéréotype persistant. Pour la petite anecdote, l’art moderne à ses balbutiements, était une critique incisive de la bourgeoisie. Même si aujourd’hui certains, voire la majorité des amoureux de l’art ne pourront jamais se payer un Van Gogh ou même un Picasso, côtoyer l’art et tutoyer les artistes peut révéler une vocation en chacun de nous. Il n’y a qu’à prendre l’exemple de Basquiat que sa mère emmenait tout petit au MoMa. Le négrillon qui ne faisait que de l’art nègre et du graffiti dans le métro new-yorkais, est vite monté en épingle, devenue une sommité incontournable (qui petite parenthèse ouverte, figure rarement dans les livres d’histoire) et depuis sa mort prématurée, le prix de ses toiles va crescendo jusqu’à une récente prisée d’une valeur de 110 millions d’euros. L’heureux propriétaire est un milliardaire japonais qui a heureusement compris que la place d’une telle œuvre n’était pas dans un luxueux salon mais dans un musée. 

Revenons à l’information, l’on peut aussi s’improviser « reporter » avec un simple téléphone, ainsi par le biais de tels médias on ne peut plus truquer les images. Il n’y a plus aucun filtre, rien que la vérité et la transparence. Ce qu’on tente de cacher est dévoilé avec une violente ardeur. 

Et là survient un autre danger, le problème de l’opinion qui dégénère en inquisition et s’arroge d’une autorité légitime pour se constituer en tribunal, pourtant elle n’est qu’une profane comme vous et moi, mais elle s’insurge sans même connaître un domaine, sans même s’en informer, elle se contente de crier pour qu’on daigne lui donner satisfaction et ses stridulations sont tellement insupportables qu’il vaut mieux laisser jaser plutôt que s’efforcer de les faire taire, en vain. C’est un peu comme un enfant gâté qui agite son hochet bruyamment pour qu’on cède à ses caprices. L’on peut donc se consoler que l’opinion publique ne dispose pas d’un pouvoir sans borne et qu’elle ne puisse pas pénétrer l’enceinte d’un prétoire, mais qu’elle conserve une différente approche de l’actualité, un rapport plus intimiste où l’information est vulgarisée et moins hermétique. 

Le vice des RS se métamorphose, il ne reste jamais trop longtemps sous la même enveloppe, il s’est alors affublé d’une peau blanche pour contrefaire le plus fidèlement possible, la vérité, il agite son spectre jouant sur les peurs, il est tellement convaincant qu’il va même jusqu’à influencer un choix politique. Et là vient la question de la manipulation des fake-news, véritable contagion qui commence à tarauder sérieusement les gouvernements jusqu’à se retrouver au coeur des préoccupations du Législateur. Génie du mal, il redouble d’intelligence avec les deepfakes. 

À ce titre, il y a une pratique, que j’ai redécouverte dans un roman de Virginie Despentes – Vernon Subutex (récemment adapté en série) à l’initiative d’un personnage surnommé « la hyène » qui, à la demande d’un producteur de cinéma véreux et peu scrupuleux, pouvait attenter à la réputation d’un ennemi. Le mauvais tour consistait à simuler un mouvement massif de commentaires en ligne (sur Twitter par exemple) conspuant une personnalité. En quelques clics, une carrière solidement bâtie sur le mérite du labeur, pouvait s’effondrer, comme on donne un grand coup de pied dans un château de sable. (Tome 1 Vernon Subutex).  

Dans sa traînée, ce vice a laissé d’autres inquiétudes comme celles relatives aux propos haineux. Certains textes (proposition de loi) prescrivent la censure du « contenu haineux » et les contempteurs de cette loi alertent sur une menace de la liberté d’expression. Quand on sait que les réseaux seraient condamnées à une amende représentant au plus 4% de leur chiffre d’affaires pour ne pas avoir expurgé lesdits propos – après en avoir été sommés – cela fait réfléchir sur le bien-fondé de cette police de la censure confiée aux gérants de ces plateformes qui par crainte appliqueraient arbitrairement le « principe de précaution ». Je n’ai fait que paraphraser un article du Figaro que je vous recommande d’ailleurs : 

http://www.lefigaro.fr/politique/propos-haineux-sur-internet-la-loi-qui-divise-a-l-assemblee-20190708

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/loi-contre-la-haine-sur-internet-objectif-louable-mais-danger-pour-la-liberte-d-expression-20190618

Tout cela pour dire que dans ce jeu, l’on peut aussi bien piocher une pierre blanche qu’une pierre noire. Une métaphore pour dire que les RS peuvent révéler ce qu’il y a de plus louable chez l’homme comme ce qu’il y a de plus vil. 

Ad Deum (À Dieu) 

Aujourd’hui il est temps que je me résolve à prendre une sérieuse décision, qu’elle soit ferme et irréversible, qu’il n’y ait pas de retour possible et que je me garde d’une rechute car ce sont 6 années de ma vie envolées dans des virtualités mais aussi 6 années qui m’ont permis de connaître des gens d’une sympathie empreinte d’empathie, des âmes mirifiques, des amitiés sidérales, des amis qui m’ont ouvert la porte de chez eux, comme celle de leur être tout entier, qui ne se sont pas contentés d’entrouvrir le battant pour que j’y jette un coup d’oeil mais se sont dévoilés sans détour ni malice, c’est aussi pour eux que j’écris et ce n’est pas sans émotion que je tape ces dernières lettres pour dire adieu à tout cela. 

Je veux que tout cela soit définitivement encapsulé dans le passé, je ne veux plus gaspiller ma jeunesse dans ce vortex. Je veux vivre et je ne veux pas me contenter d’exister seulement. Exister pour les autres ? Ce n’est pas exister c’est paraître, paraître pour quoi finalement ? Quelques flatteries ? Non ! Même elles ne parviennent plus à charmer mon coeur, moi orgueilleux repenti. Tout cela est fini et je profite de l’occasion pour dire que je quitte cette fiction, la vie mérite d’être vécue voyons, pas par le prisme d’une telle fiction. Certains auront beau jeu de dire que j’ai pris cette décision dans la hâte. Que nenni !  Il y a bien évidement un livre qui a agit comme un catalyseur de cet éveil et je reste reconnaissant à cet auteur. Je repense aussi à ces 4 mois de carence sociale (4mois sans Instagram) et je les regrette déjà. Bien évidement, je crois que ça a été symptomatique de la décision que j’ai prise aujourd’hui, c’est-à-dire mon désir d’en finir avec tout ça, d’autant plus que ça a été revigorant, l’on éprouve ce sentiment d’agir dans l’ombre et c’est absolument grisant, c’est exactement comme travailler la nuit quand tout le monde roupille, on a l’impression d’avancer à pas de loup. On recouvre sa vie privée dans sa totalité. Hui, j’estime que ma conscience est le seul fléau de ma vie, foin des avis et j’ai suffisamment pesé le pour et le contre des deux côtés de la balance. Je gagne autant que je perds. C’est là qu’on reconnaît les grandes décisions, parce qu’elles sont fatidiques. (C’est comme quand j’ai décidé de mener une véritable croisade contre le sucre, une vraie drogue qui masque le vrai goût des aliments). Et je me range de l’avis de celui qui a humblement fait parler la sagesse « je ne perds jamais, soit je gagne soit j’apprends » –  Nelson Mandela. 

Si je devais conserver un regret ce serait celui de ne plus pouvoir partager autant qu’avant mes petits moments savants comme se plaisent à me dire mes amis. D’ailleurs je les embrasse. Je vous embrasse et sachez que je serai toujours dans un coin insoupçonné, je veillerai sur certains silencieusement sans jamais me faire remarquer telle une bonne étoile discrète. Voilà je crois que tout est dit. 

J’ai marché inlassablement sur le pavé d’une rue invisible vieille de 6 ans et ma marche vient mourir au coin d’un trottoir, debout face au passage piéton de l’autre rue, transversale. Je lève mes yeux au feu rouge et sur la plaque de la rue que j’ai foulée et que je m’apprête à quitter, le coeur serré, je lis ces quelques mots : « Tout est fini ». Le feu est passé au vert. 🚶🏽‍♂️

Vous l’aurez compris, je m’éclipse et déserte ces lieux, je tuerai ces démons chronophages pour me consacrer à la vie que j’ai rêvée de mener depuis longtemps, une vie silencieuse et rayonnante. On peut dire que Le Petit Prince retourne sur sa planète B612, rejoindre sa rose, belle orgueilleuse.

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Ad Deum.

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